ABYMÉE : Une plongée au cœur de l'âme

ABYMÉE est un court-métrage de 12 minutes, mêlant drame et fantastique, porté par une équipe d'étudiants en troisième année de Bachelor Cinéma à l’Institut ISPRA. Il suit Adèle, une agente d'entretien de 29 ans, isolée et en grande détresse psychologique. Lors d'une tentative de suicide, elle bascule dans un espace mental aquatique hors du temps, où surgit une voix mystérieuse. À partir de cet événement, Adèle développe un pouvoir inattendu : la clairaudience. Submergée par les pensées des autres, elle se lance alors dans une quête pour débusquer l'origine d'une voix en détresse, explorant au passage les thèmes de la santé mentale, de la solitude, de la précarité sociale et des secrets familiaux.

Le miroir des âmes tourmentées

À travers le parcours poignant d'Adèle, ABYMÉE explore des thématiques contemporaines et universelles essentielles : la santé mentale, la solitude, la précarité sociale et les difficultés de communication au sein de la cellule familiale. L’esthétique du film repose sur un contraste saisissant entre un monde réel oppressant, filmé de manière resserrée, froide et instable, et un univers aquatique intérieur, plus lent, chaleureux et apaisant, conçu comme un véritable refuge mental. Le travail du son y occupe une place centrale, traduisant la surcharge émotionnelle d’Adèle et orchestrant les transitions subtiles entre réalité et imaginaire.

Au-delà du visible : une immersion sensorielle

L'univers d'ABYMÉE est conçu comme une “plongée” sensorielle dans la tête d’Adèle, invitant le spectateur à ressentir sa solitude, son anxiété et sa charge mentale. La mise en scène s'articule autour de deux mondes visuels et sonores distincts. Dans le monde réel, Adèle évolue dans un espace où elle se sent déplacée, étouffée. Elle est filmée en cadres serrés, souvent rognés, avec des plans rapprochés qui coupent parfois sa tête, renforçant une sensation d’oppression constante. La caméra, proche et presque intrusive, rend palpable son quotidien contraignant. Des plans à l’épaule, légèrement tremblés, traduisent son instabilité émotionnelle, tandis que l'utilisation d'optiques comme le Lensbaby ou de filtres de déformation optique, notamment lors d'une crise d'angoisse, crée une désorientation visuelle reflétant son état.

L'écho du silence : la puissance du son et de l'eau

Contrastant avec les ambiances froides et bleutées des arènes du monde réel (bibliothèque, sanitaires), le foyer familial, bien que ne l’enveloppant jamais totalement, offre des touches orangées, symbolisant un espoir. Le son joue un rôle primordial : un bourdonnement constant, une sorte de bruit de fond mental, accompagne Adèle dans le réel, s'intensifiant en échos et réverbérations lorsque les voix des autres envahissent son esprit. Ce son se resserre quand on est dans son point de vue et s'estompe quand son pouvoir diminue ou que le cadre s'élargit. La fosse aquatique, elle, est un espace intérieur, un refuge. Le rythme ralentit, la caméra devient stable, et la lumière, chaude et orangée, symbolise la paix et la connexion avec sa jumelle. Le son y est radicalement différent : aucun bourdonnement, juste un calme profond où chaque bruit est étiré par l'eau. Les transitions entre ces deux mondes sont d’abord sonores, puis visuelles, transformant le froid vers le chaud, pour un rituel de plongée presque sacré. À la remontée, tout redevient sec, le bourdonnement réapparaît, soulignant un pouvoir simple, sans effets visuels spectaculaires, mais profondément sensoriel.

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